L’invitée du blog: Laetitia Corcelle. Directrice artistique du festival Via Aeterna. Du 13 septembre au 4 octobre.
Soprano et fondatrice de l’ensemble Ô, octuor vocal installé depuis 2024 en Touraine, Laetitia Corcelle s’est vu confier la direction artistique du festival Via Aeterna, le festival de musique du Mont St Michel et de sa baie, depuis début 2026.
Le site: https://via-aeterna.musiquesetfestivals.com/
https://via-aeterna.musiquesetfestivals.com/le-festival
Auparavant, elle a été conseillère artistique du festival de Rocamadour de 2013 à 2023 et directrice musicale de l’ensemble vocal la Sportelle de 2017 à janvier 2024.
En plus des concerts Ô, elle chante dans différentes formations, approchant ainsi toutes les échelles du répertoire vocal classique, du grand chœur symphonique aux œuvres à 1 par voix. Passionnée de mélodies, elle se produit au récital avec le Quatuor Girard et en duo avec le pianiste François Cornu. Elle chante également régulièrement dans l’ensemble Mélisme(s) de Gildas Pungier (Rennes) et l’ensemble Exosphère de Jean- Philippe Billmann (Strasbourg).
Elle s’investit depuis 15 ans dans la transmission auprès des amateurs au cours de stages ou d’ateliers chorals. Elle s’appuie au quotidien sur sa double formation en littérature à la Sorbonne, et en chant lyrique et musique de chambre au Conservatoire de Strasbourg.
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–Quelles sont les musiques, anciennes ou récentes, évoquant Dieu que vous avez entendues et appréciées ?
-Laetiita Corcelle: je ne les compte plus tant il y en a ! Mon métier me met en contact permanent avec la musique sacrée, et le nombre d’œuvres que j’apprécie est bien trop grand pour que j’arrive à le chiffrer. Je suis d’ailleurs fascinée par la dimension inépuisable de ce répertoire…
Vous citer quelques œuvres sacrées que j’emmènerais sur une île déserte ? la Messe en Si et la Passion selon St Matthieu de Bach, les Laudes à St Antoine de Poulenc, la 2e symphonie de Mahler dite « la Résurrection », le Crucifixus de Lotti, Path of Miracles de Talbot
–Selon vous, Dieu aime-t-il la musique ?
Sans aucune hésitation, oui. Il me semble que la musique est un point d’élévation intérieure pour chacun d’entre nous, un possible chemin vers ce qui nous dépasse. Dans le même temps, elle éveille au plus intime de nous-mêmes notre capacité à la beauté qui nous est donnée au départ et que nous mettons nos vies entières à explorer. Bref, la musique est une clé, une porte, un chemin vers Dieu, comment pourrait-il ne pas aimer ce qui nous rapproche de lui ?
– Au paradis quelles musiques y entend-on ?
Je n’en ai aucune idée ! Je me méfie un peu de notre imagerie trop terrienne lorsque nous nous figurons le paradis…
–Quelles sont les musiques qui, selon vous, invitent à la prière ?
Je dirais celles qui suscitent la contemplation, la joie, l’introspection – ce qui veut dire que les formats et les possibilités stylistiques sont immenses.
Si l’on parle musique liturgique, ce qui va être déterminant me semble être la qualité musicale intrinsèque de la partition – l’ambitus des voix adapté, la sobriété des rythmes pour que l’assemblée retienne vite la bonne mélodie, une prosodie qui serve le texte, une harmonisation travaillée mais pas surjouée, etc — et la qualité de l’exécution : une musique magnifique sur un texte profond et inspirant, jouée faux, fait l’inverse de ce qu’elle devrait : elle empêche de prier…
–Que chantent les anges musiciens ?
Votre question m’évoque La Blanche Neige de Poulenc sur un Poème d’Apollinaire, puis Les Anges Musiciens, une mélodie extraite de la Courte Paille de Poulenc également sur un poème de Maurice Carême cette fois, et un In Paradisum que le compositeur nantais Bertrand Richou a écrit l’an dernier pour mon ensemble, que nous enregistrerons à l’automne. J’aime à me figurer que les anges musiciens ont dans leurs répertoires quelque chose de la poésie étrange et joyeuse de ces trois œuvres.
–Si la prière était une chanson, une musique, laquelle choisiriez-vous ?
Votre question me pose une « colle », parce que pour moi, prier se fait toujours en chantant. Choisir une chanson serait ne dire qu’une seule chose, ou très peu de choses…
Si je devais choisir une racine, une musique de laquelle se déploient les autres, je dirais le Grand Salve Regina grégorien, qui me touche au cœur et me met instantanément en prière.
– Qu’aimeriez- vous « chanter » à Dieu en le rencontrant ?
J’aimerais qu’il chante, lui !
– Quelles sont dans votre discothèque personnelle les musiques, les chansons qui sont vos préférées. Les dix musiques et chansons à emporter sur une île déserte?
En plus de la Messe en Si et la Passion selon St Matthieu de Bach, les Laudes à St Antoine de Poulenc, la 2e symphonie de Mahler dite « la Résurrection », le Crucifixus de Lotti, et Path of Miracles de Talbot ?
Les Dialogues des Carmélites de Poulenc
La Petite Messe solennelle de Rossini
Yod, extrait des Lamentations d’Alonso Lobo
Elias de Mendelssohn
Les Vêpres de Rachmaninov
Le Dixit Dominus de Haëndel
Les Membra Jesu Nostri de Buxtehude
Et puis Rhapsody in blue de Gerschwin
Le Sacre du Printemps de Stravinsky
Toutes les mélodies de Chausson
Mais surtout, ce que j’emporterais sur une île déserte, ce sont des partitions, notamment celles que je n’ai pas eu la chance de chanter encore, comme la Passion selon St Jean de Bach !
– Quels sont les grands auteurs, compositeurs ou interprètes qui comptent pour vous ?
Bach et Poulenc, pour les compositeurs – leurs œuvres sont des nourritures esthétiques et spirituelles immenses.
Hugo, pour le côté littéraire – je suis toujours aussi impressionnée par la capacité de finesse dans son écriture si symphonique. Il ouvre largement la pensée tout en ne perdant jamais l’échelle humaine, le contact incarné.
Quant aux interprètes, je dirais que ceux qui comptent sont tous ceux qui sont sincères, connus ou non, dans leur capacité à transmettre, à se mettre au service des œuvres et de leurs auditeurs. Car c’est eux qui font vivre le terreau nourricier où la société entière vient puiser, souvent sans le savoir, sa capacité de liens, de langage, d’expériences partagées, bref son unité.
J’ai la chance, grâce à Via Aeterna, d’être au contact des artistes de notre pays, et je peux témoigner de leur immense qualité musicale et de la générosité de leur engagement, je suis sincèrement très admirative de notre vivier artistique d’aujourd’hui.
– La dernière fois où vous avez été émue en écoutant une musique, une chanson, laquelle était-ce ?
C’était hier, pendant notre enregistrement du Requiem de Fauré (par l’ensemble Ô et le Quatuor Girard, au label Bayard Musique). L’humanité fragile qui transparaît tout au long de cette œuvre me touche infiniment – et le rapport à la mort sur lequel on peut méditer en l’écoutant est un cadeau que seule la musique apporte de cette façon-là. C’est peut-être la marque des chefs d’œuvre, cette capacité à nous ouvrir à nous-mêmes sur les vraies questions.


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