Les invitées du blog: Christine Barbey et Grazia Previdi. Auteure, compositrice.
Le duo poursuit son exploration des lumières intérieures traduites dans des chants, au fil des saisons de prières et la liturgie. Quand poésies et musiques parlent au coeur et à l’esprit. L’âme des choses de la vie spirituelle.
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–Quelles sont les musiques, anciennes ou récentes, évoquant Dieu que vous avez entendues et appréciées ?
Grazia : Parmi les créations musicales évoquant Dieu il y a certainement Les Vêpres op. 37 de S. Rachmaninov, l’hymne trinitaire Grâce te soit rendue (CFC Frère Gilles – Philippe Robert) et Christ be our light (Christ, sois notre lumière) de Bernadette Farrel
Christine : Je pense à certaines hymnes de Patrice de La Tour du Pin comme « En toute vie le silence dit Dieu » dont on ne finit pas de méditer les paroles. Soyez la voix du silence en travail…
Dans un tout autre style j’aime certaines musiques d’Arvo Pärt qui savent habiter ce silence en lui laissant toute sa place.
Ce n’est sans doute pas pour rien que notre chaîne YouTube s’appelle : « Prières chantées au bord du silence » !
–Selon vous, Dieu aime-t-il la musique ?
Grazia : La musique est une des formes d’expression propre de l’Humain qui nous relie le plus à l’Indicible, le Tout-Autre, …Dieu ; la musique touche, bouleverse, émeut, réveille ou endort, secoue ou apaise… c’est un langage qui agit là où les mots n’arrivent peut-être pas et elle sert de révélateur de la Parole, alors, oui, je pense que Dieu l’aime ! Comme toutes les formes d’art, qui révèlent le côté créateur de l’être humain.
Christine : Si nous aimons la musique, Dieu doit aimer la musique puisqu’il s’est fait Homme. Nous nous adressons souvent à lui en chantant nos prières, nos louanges alors j’espère bien qu’il les reçoit !
– Au paradis quelles musiques y entend-on ?
Grazia : J’espère une musique que nous ne connaissons pas encore et que je serai curieuse de découvrir ! (Je compte bien sur Dieu pour nous l’apprendre).
Christine : Celles que l’on a envie d’entendre sinon ce ne serait pas le paradis ! Ou une musique qui transcende la musique.
–Quelles sont les musiques qui, selon vous, invitent à la prière ?
Grazia : Je crois que c’est assez variable ; cela dépend du moment, de l’état d’esprit et du style de prière : louange, méditation, intériorisation, seule ou en communauté… les musiques pour entrer en prière peuvent être complètement différentes, allant d’une cantate de Bach, un Jubilate Deo ou un Veni Sancte Spiritu (Taizé), en passant par un Gospel ou des mélodies grégoriennes. Mais aussi le chant des oiseaux, des baleines, le bruit des vagues qui viennent se déposer sur les galets, le souffle du vent qui passe entre les feuilles des arbres…Bref, tout peut m’inviter à la prière, je dois juste être à l’écoute de l’appel … et en ce domaine, par exemple, l’appel du muezzin dans les pays musulmans est pour moi une très belle invitation …
Christine : Celles qui nous élèvent et dont les paroles nous élèvent. Cela dépend de chacun d’entre-nous. Je pense que pour réussir à inviter à la prière il faut avant tout travailler le sérieux de l’écriture musicale et des textes en transmettant ce qui vient du plus profond de nous. Il faut être vrai pour toucher l’autre dans son intériorité. Ne pas chercher à « faire beau ». On ne peut proposer à la prière que de la qualité, de préférence validée avec d’autres personnes formées à l’écriture musicale, théologique, et littéraire. C’est ce que nous nous efforçons de faire à l’ACCREL ou à la CFC dans des ateliers de travail. Personnellement je suis très sensible à la poésie mise en musique qui porte à la transcendance et que Grazia sert magnifiquement.
–Que chantent les anges musiciens ?
Grazia : Je renvoie à la question 3 : sans doute, j’imagine, une chanson ou un chant que nous ne connaissons pas encore.
Christine : Ils accompagnent nos prières, ils chantent la joie, et de leurs battements d’ailes l’envoie au loin pour ceux qui ont les oreilles tournées vers eux.
–Si la prière était une chanson, une musique, laquelle choisiriez-vous ?
Grazia : Je renvoie à la réponse de la question 4, mais si je dois choisir une chanson en particulier, je prendrais Qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi ? Texte de Jean. Servel, avec la musique de Claude. Rozier.
Christine : En toute vie le silence dit Dieu de Patrice de la Tour du Pin ou dans un tout autre style une chanson de Philippe Forcioli qui m’a habitée dans des moments difficiles : Des ailes par pitié
– Qu’aimeriez- vous « chanter » à Dieu en le rencontrant ?
Grazia : Honnêtement, je crois bien que dans un tel cas il n’y aurait plus un son qui sortirait de ma bouche… mais je suis certaine qu’Il m’inspirerait son chant !
Christine : Je crois que je le regarderais tout simplement et que je me tairais.
– Quelles sont dans votre discothèque personnelle les musiques, les chansons qui sont vos préférées. Les dix musiques et chansons à emporter sur une île déserte ?
Grazia : Concertos pour piano de Beethoven
Musica Callada de Federico Mompou, pour la méditation
Clavier bien tempéré de J.S. Bach, pour la perfection de la construction
Beyond the Missouri Sky (P. Metheny &Ch. Haden) pour la détente
I say a little prayer (Aretha Franklin) pour l’énergie
Les Vêpres de Rachmaninov, dont j’ai parlé plus haut, pour la prière
« El currucha » par L’arpeggiata pour l’humour et la danse
…(Il y a des recueils dans ce que j’ai dit, … donc je pense que cela fait bien plus que dix morceaux !)
Christine : Puisque c’est sur une île j’emmènerais comme hymnes à la beauté de la nature :
« J’aimerais garder ma vie telle qu’elle est » de Julos Beaucarne
« A la cime des arbres » de Philippe Forcioli.
« O père des siècles du monde » De Patrice de la Tour du Pin
« Matin du monde » de Gilles Baudry
Puis dans un autre registre :
« Si tu n’étais pardon toujours offert « de Soeur Marie-Pierre Faure
« Y croire encore » de Marie-Louise Valentin
Et une berceuse que j’ai beaucoup chantée à mes petits-enfants :
« Belle lune belle »
– Quel est le refrain qui vous a le plus marqué ?
Grazia : Il n’y en a pas qu’un, et je fonctionne par période : en ce moment je suis habitée par Lumière sur mes pas, lumière en qui je crois… (Bernard-Akepsimas)
Christine : Difficile à dire mais je pense à l’instant à « Gens du pays, c’est votre tour de vous laisser parler d’amour » de Gilles Vigneault.
– Quels sont les grands auteurs, compositeurs ou interprètes qui comptent pour vous ?
Grazia : À part les grands maîtres classiques (dont j’ai déjà nommé certains) et qui m’ont bercée, formée, accompagnée depuis ma naissance et les interprètes qui me les ont fait découvrir, en matière de chant religieux je pense à des personnes comme Didier Rimaud, Claude Bernard, Jo Akepsimas ou Jacques Berthier, avec qui j’ai grandi et qui m’ont donné l’envie de les chanter d’abord, et de composer ensuite.
Christine : Affectivement je dirais ceux qui m’ont ouvert des chemins comme Jo Akepsimas, Gaëtan de Courrèges et Mannick. Puis Julos Beaucarne et Philippe Forcioli que j’ai connus et dont la cohérence entre les écrits et la vie était un exemple. Ils sont grands pour moi, même si ce ne sont pas les auteurs-compositeurs les plus connus !
– La dernière fois où vous avez été ému en écoutant une musique, une chanson, laquelle était-ce ?
Grazia : Il y a une très belle chanson irlandaise No man’s Land, plus connue sous le titre « Green Fields of France (Willie Mc Bride) », écrite il y a exactement 50 ans par Eric Bogle, qui me bouleverse à chaque fois que je l’écoute ou je la chante : l’auteur s’adresse à un jeune de 19 ans mort pendant la première guerre mondiale : le texte est poétique, puissant, et me touche très profondément. Écrite il y a 50 ans, parlant d’une situation de 1916, … elle est malheureusement si actuelle !
Christine : J’ai relu dernièrement le texte d’un chant de Claude Bernard « Vers toi je viens Jésus Christ ma lumière » texte superbe mis en musique par Jo Akepsimas. Il nous met à la place de l’aveugle-né et nous propose de faire comme lui le chemin de la ténèbre à la lumière où les couleurs explosent.
– Si Dieu était une chanson, une musique, laquelle serait-ce ?
Grazia : Le murmure d’une brise légère… comme le raconterait Élie, la voix d’un fin silence que l’on ne peut entendre qu’avec son cœur.
Christine : Celle du battement de son cœur.


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