Xavier Giannoli. Réalisateur du film « Les rayons et les Ombres », en salle depuis le 18 mars 2026..
La critique de LA CROIX pour le film « Les rayons et les Ombres ».
« Les Rayons et les Ombres », de Xavier Giannoli : le roman noir de la collaboration
Par Céline Rouden
Publié le 17 mars 2026 à 15h54 Lecture : 3 min
Dans une fresque magistrale de plus de trois heures, Xavier Giannoli éclaire la face sombre de l’Occupation à travers le destin du collaborateur Jean Luchaire et de sa fille Corinne, étoile montante du cinéma français. Une interrogation sur la responsabilité morale des individus face à l’histoire.
La note de la rédaction
Les Rayons et les Ombres ⭐⭐⭐
de Xavier Giannoli | Film français, 3 h 19 | Drame historique
La collaboration est un impensé du cinéma français, comme l’ont longtemps été la guerre d’Algérie et toutes les pages peu glorieuses de notre histoire. Parce qu’il est plus facile et plus confortable d’honorer les héros et d’oublier les salauds. Avec Les Rayons et les Ombres, vaste fresque sur un sujet jamais traité jusque-là, le réalisateur Xavier Giannoli comble ce vide. Et, comme dans Illusions perdues, sonde la corruption morale à travers le destin d’un journaliste, Jean Luchaire, homme de gauche et fervent pacifiste qui trahit ses idéaux pour glisser peu à peu vers l’abjection à force de compromission.
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C’est Corinne Luchaire, jeune étoile du cinéma français d’avant-guerre entraînée dans sa chute, qui nous raconte cette histoire peu après que celui-ci a été fusillé en 1946 et elle-même frappée de dix ans d’indignité nationale. L’histoire d’un père et de sa fille, étroitement liés jusque dans le mal qui les affecte, la tuberculose. Et d’un troisième homme, Otto Abetz, le génie maléfique et futur ambassadeur du Reich à Paris en 1940. Un triangle diabolique autour duquel s’articule le film.
L’illusion rassurante du « plus jamais ça »
Le pacte faustien se noue entre eux dès les années 1930. Quand Jean Luchaire, qui milite activement dans les cercles pacifistes et prône un rapprochement avec l’Allemagne au nom du « plus jamais ça », y fait la connaissance d’Abetz. Entre le journaliste et le modeste prof de dessin va naître une amitié qui survivra à la montée du nazisme dans l’illusion rassurante que le dialogue avec l’ennemi d’hier évitera un nouveau conflit mondial. Alors que Corinne rêve devant les photos de la « divine » Greta Garbo et fait des débuts remarqués au cinéma, Jean Luchaire mène grand train dans le Paris mondain, menant inéluctablement son journal Notre Temps à la ruine.
L’Occupation et le tout nouveau pouvoir de son ami, qui règne désormais sur Paris, seront sa planche de salut. À condition de « regarder ailleurs », quand le pire survient et que le statut des juifs est publié. C’est cet engrenage que scrute Xavier Giannoli dans un film qui refuse les explications simplistes pour l’intégrer dans le temps long de l’histoire et des renoncements progressifs. D’où une épopée éminemment romanesque qui se déroule sur quinze ans, et nous entraîne toujours plus loin dans les tréfonds de l’âme humaine au point de nous laisser, à la sortie, groggy et avec un goût de cendre dans la bouche.
Une fuite en avant mortifère
Jean Dujardin, stupéfiant dans ce rôle sculpté à l’épure, donne à Jean Luchaire cette humanité trouble qui n’en fait pas tout à fait un salaud. Plutôt une sorte de dandy, ambitieux et opportuniste, qui parade au bras de sa jeune star de fille dans les salons d’une ambassade d’Allemagne où s’affichent toutes les nuances de la collaboration. Le désormais patron des Nouveaux Temps, qui préside la Corporation nationale de la presse française, jugé trop mou par les plus idéologues, y franchira progressivement toutes les lignes rouges. Une fuite en avant mortifère dans laquelle cet homme, qui se sait de toute façon condamné, noie ses scrupules dans une orgie de champagnes et de fêtes à l’atmosphère de plus en plus décadente, devenant peu à peu comme absent à lui-même.
La montée en puissance dramatique, orchestrée de main de maître par Xavier Giannoli, ne lésine pas sur la salissure morale de ses héros, les toux, les crachats, symboles d’un mal qui progresse et finira par les anéantir. Le tout baignant dans une lumière bleutée qui ne cesse de s’obscurcir à mesure que la défaite de l’Allemagne se profile. Servi par un trio d’acteurs très justes, dont la jeune Nastya Golubeva dans le rôle de l’innocence sacrifiée, le cinéaste interroge la responsabilité des individus face à l’histoire. À l’heure du jugement devant la Haute Cour de justice, les mots du procureur qui mettent crûment Jean Luchaire face à la portée de ses actes – « Les mots des salauds arment le bras des imbéciles… » – résonnent puissamment jusqu’à aujourd’hui.
En dates
Le parcours du réalisateur Xavier Giannoli
Xavier Giannoli, au 80e Festival du film de Venise, en Italie, présent pour sa série D’argent et de sang, en août 2023. Starpix / APA-PictureDesk via AFP
1972 : Naissance de Xavier Giannoli à Neuilly-sur-Seine. Après des études de lettres à la Sorbonne, il se tourne vers le cinéma et réalise plusieurs courts métrages.
1998 : L’Interview remporte La Palme d’or et le César du meilleur court métrage
2003 : Les Corps impatients, premier long métrage de fiction avec Laura Smet et Nicolas Duvauchelle
2005 : Une aventure
2006 : Quand j’étais chanteur
2009 : À l’origine
2012 : Superstar
2015 : Marguerite, inspirée de la vie de la chanteuse Florence Foster Jenkins, remporte quatre Césars dont celui de la meilleure actrice pour Catherine Frot
2018 : L’Apparition
2022 : Illusions perdues. Sept Césars dont celui du meilleur film
2023 : D’argent et de sang, série sur la taxe carbone inspirée par le livre de Fabrice Arfi
2026 : Les Rayons et les Ombres
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Lors de la sortie de « L’apparition« , Xavier Giannoli répondait au questionnaire du blog musical.
– Quelles sont les musiques, anciennes ou récentes, évoquant Dieu que vous avez entendues et appréciées?
– Xavier Giannoli: Toute l’oeuvre de Arvö Part. Les chants polyphoniques corses de mon enfance. La musique du groupe islandais Sigur Ross, particulièrement « Staraflür »
– Selon vous, Dieu aime-t-il la musique ?
– Sans doute les chansons d’amour.
–Au paradis quelles musiques y entend-on ?
On y entend une chanson de Jacqueline François qui s’intitule « Est-ce ma faute à moi ? » (1950)
– Quelles sont les musiques qui, selon vous, invitent à la prière ?
– Les musiques des grands films. –
– Que chantent les anges musiciens ?
– « Here comes the sun » de George Harrison.
–Si la prière était une chanson, une musique, laquelle choisiriez-vous ?
« A whiter shade of pale » de Proccol Harum.
– Qu’aimeriez vous « chanter » à Dieu en le rencontrant ?
Le chant de la promesse des Scouts.
– Quelles sont dans votre discothèque personnelle les musiques, les chansons qui sont vos préférées. Les dix musiques et chansons à emporter sur une île déserte?
– Enio Morricone, Georges Delerue, Bach, Christophe, Arvö Part, Purcell, Deep Purple, Pink Floyd, Cavalleria Rusticana (Mascagni), Beach Boys etc…
– Quel est le refrain qui vous a le plus marqué ?
– « Les paradis perdus » de Christophe : « Mais peut-être un beau
jour voudras tu retrouver avec moi les paradis perdus ».
– Quels sont les grands auteurs, compositeurs ou interprètes qui comptent pour vous ?
– Arvö Part, Bach, Purcell, Pancrace Royer, Monteverdi…
— La dernière fois où vous avez été ému en écoutant une musique, une chanson, laquelle était-ce ?
– « Stellaire » de Georges Delerue, que j’ai eu la chance de pouvoir utiliser dans mon film L’APPARITION.
– Si Dieu était une chanson, une musique, laquelle serait-ce ?
– Eurythmics « The miracle of love ». –


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