L’invitée du blog: Camille de Villeneuve. Enseignante en philosophie. Auteure.
Femme de lettres, Camille de Villeneuve poursuit une oeuvre romanesque, primée par l’Académie française, aux éditions Gallimard. Ancienne élève de l’École normale supérieure, docteur en philosophie médiévale, elle enseigne aux Facultés Loyola (Paris). Elle vient de publier; aux éditions du Cerf, « Aimer pour rien » (304 p.,)
A venir: soirée débat autour du livre, aux Facultés Loyola, Paris, le 12 mars, de 19h30 à 21h30.
A lire la chronique de Frédéric Boyer (Hebdo La Croix)
Publié le 20 novembre 2025
Notre chroniqueur Frédéric Boyer livre son éblouissement après la lecture du livre de Camille de Villeneuve, Aimer pour rien, qui explore l’amour de Dieu.
Qui parmi nous ne s’est jamais interrogé sur l’amour qu’il porte aux autres, et l’amour que l’on nous porte ? Jusqu’où aimer, et être aimé ? On sait à quels vertiges obscurs nous pouvons être entraînés alors : perversion, fantasmes, emprise… N’est-ce pas que nous aimons pour une chose, impossible, manquante, que nous identifions en vain par mimétisme à notre être, comme notre propriété ? Or il est un amour dans notre histoire et notre culture qui nous aura permis de sonder les apories cruelles de l’amour, pour inventer d’autres voies, c’est l’amour de Dieu.
Je fus conduit à cette médiation à la lecture du livre éblouissant de Camille de Villeneuve, philosophe et écrivaine, Aimer pour rien. La forme intellectuelle de l’amour pur, XIIe – XXe siècle (1). Avec panache, elle déclare : « Ce livre affirme qu’il est pertinent de s’intéresser à l’amour de Dieu en dehors de la religion ou de la foi. » Non qu’elle rejette la dimension croyante mais pour elle, penser à cet amour-là, divin, « c’est ouvrir à l’amour d’autres espaces que celui de l’intimité et de la passion individuelle ». D’autres espaces qui permettent de vivre et d’interpréter nos amours, leur détresse, leur excès, comme leur joie.
En retraçant ce que fut l’amour pur dans la théologie et la mystique, la poésie courtoise, depuis le Moyen Âge, jusqu’au XVIIe siècle, et ses échos dans la philosophie du XXe siècle, en explorant les débats critiques qui accompagnèrent cette quête intellectuelle et spirituelle de l’amour divin, Camille de Villeneuve livre une formidable réflexion sur ce qu’aimer veut dire. La querelle sur l’amour de Dieu culmina au XVIIe siècle, avec la publication en 1697 de l’ouvrage de Fénelon, Explication des maximes des saints sur la vie intérieure, et la formulation de la pensée du désintéressement radical : aimer pour rien.
Figure radicale de l’amour
Faisant écho à saint Paul dans sa 1re épître aux Corinthiens (13, 5) : l’amour « ne cherche pas son intérêt ». Littéralement : ne convoite pas les choses qui sont siennes, son propre bénéfice. Jusqu’à faire cette « supposition impossible » qui donne à la doctrine de l’amour pur de Dieu, chez Fénelon, sa formulation définitive : « Mon Dieu, si par impossible vous me vouliez condamner aux peines éternelles de l’enfer, sans perdre votre amour, je ne vous en aimerais pas moins » (article X). Supposition impossible de la damnation sans péché !
Même dans la destruction, la tromperie, l’abandon (comme le personnage de Job avec lequel Camille de Villeneuve ouvre sa réflexion), je n’en aimerais pas moins Dieu, au risque de mon propre anéantissement. Figure radicale de l’amour. Mais ce désintéressement n’est pas condamné à la seule souffrance, il ouvre une autre voie : « l’amour pur de Dieu, amour de la cause de toute chose, est non exclusif et ouvert à toute la communauté humaine ».
Aimer purement, explique Camille de Villeneuve, c’est renoncer à la perversion. « Voie éthique qui interrompt le mimétisme et la répétition du désir. » Elle rappelle aussi l’enracinement biblique de toute cette aventure spirituelle. « Où est allé ton amour ? », interroge le Cantique des Cantiques (6, 1). « Allez traverse, mon amour ! » (8, 14). Traverse la négativité mortifère, efface ton « sceau sanglant », pour devenir pur.
(1) Cerf, 302 p., 24 €
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–Quelles sont les musiques, anciennes ou récentes, évoquant Dieu que vous avez entendues et appréciées?
Camille de Villeneuve: Tout Bach, car je suis originale.
Nick Cave, Wild God (album, 2024).
Rosalía, Lux (album, 2025)
–Selon vous, Dieu aime-t-il la musique ?
Il est la musique…
– Au paradis quelles musiques y entend-on ?
Celle que font les vêtements des anges quand ils dansent. Le tissu, sacrée musique. Et de la musique symphonique pour les sphères.
–Quelles sont les musiques qui, selon vous, invitent à la prière ?
Celles des bons musiciens.
–Que chantent les anges musiciens ?
Du flamenco bien sûr !
–Si la prière était une chanson, une musique, laquelle choisiriez-vous ?
Led Zeppelin, « Stairway to heaven »
– Qu’aimeriez- vous « chanter » à Dieu en le rencontrant ?
« Quoi ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? »
– Quelles sont dans votre discothèque personnelle les musiques, les chansons qui sont vos préférées. Les dix musiques et chansons à emporter sur une île déserte?
Bach, Passion selon Saint Matthieu
Passion selon Saint Jean
Schubert, Christoph Prégardien, Andreas Staier, Songs to Poems by Goethe
Falvetti, Il diluvio universale
Mozart, Requiem
Les Noces de Figaro
Don Juan
Nick Cave et Warren Ellis, Carnage
Nick Cave and the Bad Seeds, Wild God
The Doors, Strange Days
– Quel est le refrain qui vous a le plus marqué ?
« Tu cherches la force, tu cherches l’émoi, Tu cherches la force, Accroche-toi »
La Féline, « Le parfait état », Adieu l’enfance, 2014
– Quels sont les grands auteurs, compositeurs ou interprètes qui comptent pour vous ?
Vivaldi, Monteverdi, Bach, Mozart, Schubert, Schumann, Chopin, Chostakovitch, Janis Joplin, Patty Smith, Johnny Cash, Nick Cave, La Féline, Lana del Rey…
– La dernière fois où vous avez été ému en écoutant une musique, une chanson, laquelle était-ce ?
Catherine Lara, « Nuit magique ». J’ai une passion pour le synthé et la boîte à rythmes. Années 80 ! Toute mon enfance !
– Si Dieu était une chanson, une musique, laquelle serait-ce ?
Ghost, « Mary on a cross ». Yeah.


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