L’invitée du blog: Martor (un pseudonyme).
–Quelles sont les musiques, anciennes ou récentes, évoquant Dieu que vous avez entendues et appréciées?
–Martor: Je bute sur la question pour commencer… J’ai un petit problème : la musique peut-elle évoquer Dieu ? Toute sorte de musique peut ouvrir une brèche dans le tumulte du quotidien, dilater le cœur, ouvrir un chemin vers celui que nous appelons Dieu. En revanche, je suis inquiète du trop-plein de bruit au milieu duquel. Le silence, tellement malmené, me semblerait ce qui peut aujourd’hui le mieux faire allusion à Dieu.
–Selon vous, Dieu aime-t-il la musique ?
Je n’aime pas trop répondre à la place de Dieu ! Le choix qu’il fait de David, renommé pour être un musicien capable d’apaiser les obsessions du roi Saül, me suggère que oui. Ce n’est pas simplement le vainqueur de Goliath, mais aussi David le musicien pacifiant, qu’il choisit pour être son « messie » en Israël…
– Au paradis quelles musiques y entend-on ?
N’inventons pas le paradis à la couleur de nos rêves. Ce sera certainement « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu », et où le silence sera une composante de la grande louange cosmique.
–Quelles sont les musiques qui, selon vous, invitent à la prière ?
J’y reviens. Je pense que le silence, précisément, qui sert d’écrin aux notes de musique, qui se compose avec elles, est une dimension essentielle de la musique sacrée. En revanche, les musiques qui pour moi sont étrangères à la prière, sont celles qui prétendent servir la louange en brassant de l’émotion enthousiaste, de l’exaltation collective. Désolée de répondre en ce sens, en décalage avec ce que j’ai entendu dans les Angels Music Awards… Il me semble essentiel de redire aujourd’hui, que la prière n’est pas seulement l’expression de nos sentiments ou de nos rêves, mais d’abord la réponse à la Parole de Dieu qui nous « prévient », je veux dire, qui nous précède et finalement ouvre nos lèvres. Une pédagogie du silence, en monde chrétien, me paraît en ce sens une nécessité urgente. Ce n’est pas pour rien que nombre de chrétiens aiment se poser dans les lieux monastiques, qui savent honorer la liturgie de manière créative et exigeante, en respectant le silence. L’expérience de Taizé me semble aussi exemplaire à cet égard.
–Que chantent les anges musiciens ?
L’indicible de la gloire de Dieu.
–Si la prière était une chanson, une musique, laquelle choisiriez-vous ?
Personnellement, je n’aime pas trop la catégorie de « chanson » associée à la prière. Je redoute d’ailleurs un certain nombre de nos chants liturgiques qui ne sont que chansons, chansonnettes, avec un contenu et une mélodie, dont il me semble difficile de ne pas reconnaître l’indigence. Tout un apprentissage de la qualité (qui n’est pas de l’élitisme !!) me semble nécessaire à promouvoir dans nos communautés, y compris auprès de la jeune génération. Sinon nous entrons dans une paupérisation de la liturgie, qui fait le lit des traditionalismes.
– Qu’aimeriez- vous « chanter » à Dieu en le rencontrant ?
Je chante faux ! Je me contenterai de redire sans façon les mots d’un psaume de louange.
– Quelles sont dans votre discothèque personnelle les musiques, les chansons qui sont vos préférées. Les dix musiques et chansons à emporter sur une île déserte?
Mes musiques préférées ? Tout le répertoire qui accompagnait la vie familiale dans mon enfance et mon adolescence : des Carmina burana à Stravinski, de Corelli à Eric Satie.
Sur une île déserte ?
- Monteverdi, Les Vêpres de la Vierge
- Heinrich Schütz, Histoire de la Nativité
- Bach, Concertos brandebourgeois
- Un enregistrement de chants de Taizé
- Un enregistrement de chants composés à Ste Jeanne de Chantal par J-M Lustiger et son organiste H. Paget, dans les années 70, et qui reste d’une modernité remarquable.
- Des chansons de Joan Baez
- Des chansons de Jacques Brel.
- Schubert, Le Voyage d’hiver
- Arvo Pärt, Fratres
- Messiaen, Et exspecto resurrectionem mortuorum
– Quel est le refrain qui vous a le plus marqué ?
« Je suis la Lumière du monde. Celui qui vient à ma suite ne marchera pas dans les ténèbres », un chant de Ste Jeanne de Chantal précisément, là où les chrétiens apprenaient à faire des paroles de l’Écriture leur propre langage et leur mémoire intime.
– Quels sont les grands auteurs, compositeurs ou interprètes qui comptent pour vous ?
Pour faire bref, Bach, bien sûr. Et Glenn Gould.
– La dernière fois où vous avez été ému en écoutant une musique, une chanson, laquelle était-ce ?
La musique de Valentin Silvestrov, un immense compositeur ukrainien contemporain, proche d’Arvo Pärt. En ce moment, je rejoins mes amis ukrainiens dans la tourmente en écoutant ses Bagatelles.
– Si Dieu était une chanson, une musique, laquelle serait-ce ?
Là encore je n’aime pas trop jouer à ce jeu-là ! Je me sens plus en affinité avec la tradition juive qui fait du Nom de Dieu un blanc ou un silence. Attention, là-encore, à une certaine désinvolture, qui engendre en réaction des raideurs passéistes assez affligeantes en matière de liturgie.


Laisser un commentaire